mercredi 18 février 2009

écrire à phrase levée

Mon précieux ridicule de bohème, tu te dépatouilles dans tes guenilles de velours serties de perles et de cailloux. Regarde ta gloire misérable enveloppée de rayons de mousse tendre. Tu auras beau rêver d'or, tu vivras d'air à jamais.
Midas impuissant, alchimiste sans talent, c'est par tes yeux que tes richesses appauvriront ton coeur et c'est par tes mains que se tracera ta route. En marche, vagabond fortuné, loue tes services rémunérés aux nuages lumineux et réchauffe-toi à la pluie larmoyante. Après tout, liberté sera ton bourreau, et les chemins, ta cage dorée. Par delà l'horizon, tu ne trouveras rien d'autre que ton avenir vain et la mer encerclée de rivages inondés. Ne me propose pas de rester, je ne veux pas te suivre. Ma boussole est rouillée et montre l'heure du passé. Je m'abandonne à ma résistance, offre-toi à ta volonté. Tes ailes sont trop lourdes de secrets et ne peuvent que t'enfoncer. C'est là que le bas blesse: arrimé à la terre tendre, c'est un oiseau que tu vois cheminer au-dessus de ta tête prisonnière.
Et jamais l'éternité ne pourra te rendre ce que tu lui as volé, voleur de secrets à jamais dépouillé...

vendredi 13 février 2009

Un plat froid

Elle sera absolument parfaite.

Elle enfile une robe rouge au large décolleté, des escarpins noirs à très hauts talons, peint de noir ses yeux clairs expressifs et mouillés depuis quelques semaines. Elle sort de chez elle. Déjà un premier homme se retourne sur son passage. Elle ne le regarde même pas, porte ses lunettes de soleil à ses yeux. Suit le regard terrible d’un autre homme, au coin de la rue. Qu’il la regarde, oui, qu’il la regarde, et elle, elle ne lui donnera rien en retour. Elle sait que le libraire qui lui vend ses cigarettes journalières tuerait pour un de ses regards, mais elle ne lui offre pas ce cadeau. Puisqu’un autre n’a pas voulu de ses mains, de ses yeux, de ses hanches, elle fera mourir d’envie tout ceux qui la croiseront à l’avenir, mais ne s’offrira à aucun. Le libraire voudrait un sourire ?

Qu’il crève !

Qu’étais-je avant ? Avant… où rien encore ne me prédisposais à être malade de lui ? Existais-je ?

Elle ne veut pas s’avouer qu’elle ne se souvient plus de sa vie avant lui. Elle ne veut pas s’avouer qu’elle n’existait pas. Elle ne veut pas s’avouer que c’est lui qui l’a faite. Façonnée.

Si tu perds tes hanches, tu me perds.

Regarde-les, maintenant, ces hanches qui ondulent sous sa robe légère et qui tournent les têtes. Je les ai perdues, fondues, modelées pour qu’elles ne soient plus à ton goût. Après tout, je t’ai perdu.

Elle a besoin de se persuader que ce n’était pas de l’amour.

Elle a besoin de se persuader qu’il ne l’aimait pas. Non. Il ne la respectait pas. Non.
Il me désirait mais il ne m’aimait pas. Ça non. Tu te souviens tout ce que tu as pleuré ? Pas d’amour noble. Un amour honteux.

Honteux parce qu’il l’a voulu comme ça. Elle était prête à lui donner sa vie. Mais honteux, honteux, honteux, chut, personne ne doit savoir, c’est notre secret. Agoniser prise au piège d’un collet invisible. Qui aurait pu venir à son secours ?

De ta faute, de ta faute, de ta faute. Je me suis fanée par ta faute.

Il l’a laissée agoniser seule. Mais au moins l’honneur, son honneur était sauf. Le sien…
Le mien, qui s’en soucie ? Mon honneur traîné dans la boue de l’humiliation, qui l’en relèvera ?

Ces hommes qui la regardent passer réparent-ils la confiance qui s’est brisée en elle ? Ils seraient prêts à faire de même, à la lui prendre des mains et la jeter lorsqu’ils auraient joué avec.
Tu savais que je t’aimais, hein ? Tu le savais ?
Il est des blessures qui ne guérissent jamais, je le sais maintenant.
Est-ce que c’est ça l’amour ? L’amour, c’est ...

lundi 9 février 2009

Mademoiselle Allumette

P’tite ‘mette

Je
craque.
Je chauffe.
Je m’allume.
Je brûle et je rayonne.
J’éclaire tout sur mon passage.
Tes yeux me suivent.
Et ma lumière t’aveugle.
Elle grandit.
Et
meurt.
En te brûlant
les doigts.

J’ai gagné.

vendredi 6 février 2009

À vos postes!

Avertissement: toute ressemblance avec une personne existante ne serait absoulement pas fortuite puisque ce texte ne fait pas que s'inspirer de faits réels, mais les relate. Merci de votre attention.

Pourquoi la Poste met-elle de mauvaise humeur même le plus joyeux des hommes ?
J’avais le cœur léger en passant les portes de la Poste ce matin. J’avais tellement de joie que j’avais acheté des cartes postales amusantes à envoyer à mes amis. Je suis plutôt vieille école : je trouve qu’il n’y a pas le même bonheur entre recevoir un mail, superformaté, et une lettre – une vraie – dans sa boîte aux lettres. Alors j’allais à la Poste pour acheter des timbres, le sourire aux lèvres. Je me suis mise dans la file, entourée d’hommes et de femmes, vieux et plus très jeunes.
Au guichet se trouvait celle que je nommerais Limace, une femme. Mon employé de prédilection est Sourire d’enfer. Je ne l’ai jamais vu quitter son expression figée de vieil homme dégoûté. Limace tient son surnom tant à cause de sa lenteur qu’à cause de sa mine terriblement renfrognée. Et ce matin, elle avait du avaler son sourire avec quelques piments verts et deux litres de vinaigre tellement elle semblait acide. Malgré son maquillage parfait. Malgré les cent euros mensuels chez le coiffeur. Malgré les deux semaines à Marbella. Malgré les bling bling à ses poignets, ses bras et ses oreilles. Encore une qui aimerait bien avoir l’air, mais qui n’a pas l’air du tout, pensais-je.
Le monsieur devant moi demande pour récupérer un recommandé. Avec une expression de dégoût – alors que c’est elle la limace – elle prend les papiers que lui tend l’homme et les regarde par-dessus ses lunettes rouges. Je vois dans cet accessoire une tentative de mettre de la fantaisie dans sa vie. Raté Limace. D’une voix qui va vraiment bien avec son sourire mangé (ça doit être les deux litres de vinaigre), elle dit
- Il est écrit que c’est adressé à Pierre Bourgeais ET Martin Léon.
- Je suis Pierre Bourgeais, argumente l’homme timidement devant la Gorgone intimidante.
- Il y a un ET. Il me faut une procuration.
Ohlà, j’ai presque envie de me planquer sous le comptoir pour ne pas être éclaboussée par l’acidité qui s’échappe de ses lèvres pincées.
- Mais je suis…
- Vous avez deux noms de famille, peut-être ?
Je me dis qu’heureusement pour elle, elle ne m’a pas posé la question à moi. Parce que moi, si, cocotte en papier frippé, moi j’ai deux noms de famille. Je sens dans l’ironie de la limace un venin qui entame sérieusement ma bonne humeur.
-Euh…non, répond l’homme tout penaud.
- Alors repassez ! déclare Limace sur un ton qui signifie plus « Allez vous faire foutre ».
Je ne comprends pas l’homme. Il s’en va. Sans rien dire. Alors que moi, j’ai envie de sauter au cou de Limace et de lui faire manger ses lunettes pour qu’elle goûte la fantaisie !
Mais si l’homme ne réagit pas, je ne suis pas en droit de le faire.
Derrière moi, une vieille dame avec un gros bonnet blanc sur la tête demande
- Mademoiselle- elle dit « mademoiselle à Limace ! » - pour les recommandés, il faut…
- Madame – coupe la vieille Limace – pour les recommandés, il faut un formulaire !
Je bouille. Je suis sûre que c’était la fin de la phrase de la dame au bonnet blanc. Limace prend sèchement un formulaire, le tend à Bonnet Blanc, qui ose à peine murmurer
- Je ne pourrai pas le remplir… c’est trop petit et je suis malvoyante…
Limace exulte, elle va pouvoir être encore plus désagréable.
- Oh ben dites, ma collègue est partie manger !
- Je veux bien le faire, madame, je dis à Bonnet Blanc dans un élan d’héroïsme altruiste.
Je me sens comme Artaban qui aurait le masque de Zorro et l’arc à flèches de Robin des bois.
Pendant que je m’applique à recopier l’adresse qui s’étale d’une main tremblante sur l’enveloppe de Bonnet Blanc sur le formulaire superformaté (lui aussi), Limace prend en charge – en grippe ?- la dame devant moi, qui, comme les gens de la queue entière, est contaminée par la mauvaise humeur.
- C’est pour l’Espagne, dit-elle sèchement.
Tout aussi sèchement – Limace a peut-être trouvé son maître – Limace lui tend le billet avec le montant à payer.
- Vous avez mis un timbre Prior ? demande la femme à l’accent espagnol.
- Y’a plus Prior ! s’exclame Limace. Ça fait deux ans qu’il n’y a plus Prior ! Ne me demandez plus Prior, y’a plus !
Le mollusque s’énerve. J’avoue que ça doit être assez frustrant de s’entendre demander toute la journée ce qui n’existe plus depuis deux ans. Ça veut dire que les gens ont tellement de répulsion pour la Poste qu’ils ne s’y déplacent plus. Alors que Limace, elle, elle y est tous les jours. De neuf heures à dix-sept heures. Elle a peut-être fait un graduat en secrétariat la Limace, et elle se retrouve au bureau de poste. Ouhà, je sens une pointe d’empathie émaner de moi pour cette femme qui fait un boulot que de toute évidence elle n’aime pas. Qui aimerait un boulot où il faut répondre « ça n’existe plus depuis deux ans » à une personne sur deux ? Où il faut dire « mais vous n’avez pas le bon papier, je suis désolée, vous avez fait la file pendant quinze minutes alors que votre voiture est mal garée et que c’est votre temps de midi, mais pour la sécurité du document, je ne peux pas le délivrer sauf avec une procuration. J’ai fait le serment d’Hermès, je suis désolée, c’est au-dessus de mes forces… »
Ouais…elle ne peut pas avoir de l’empathie, elle. Parce que si elle fait une concession à l’un, elle doit le faire à l’autre, et de fil en aiguille, bam, c’est le licenciement. Et puis après, elle devra aller pointer là où les fonctionnaires sont encore pires qu’elle ! Alors il faut qu’elle se maintienne et qu’elle soit sévère comme un professeur avec des élèves dissipés. Ne vous inquiétez pas que Pierre Bourgeais n’oubliera plus jamais la procuration et que l’Espagnole ne demandera plus un timbre Prior !
J’ai rempli le formulaire pour le recommandé. Il est adressé à un homme qui habite à Bruxelles, et l’enveloppe, Bonnet Blanc la tient tout contre son cœur. Son fils ? Son petit fils ? Et l’Espagnole, à qui écrit-elle en Espagne ? À sa mère ? Je crois que je ne pourrais pas travailler à la Poste car je poserais des questions à tout le monde. D’ailleurs, lorsque je tends mon paquet et qu’elle pose les yeux dessus, se demande-t-elle pourquoi j’envoie un manuscrit à une maison d’édition ? Se demande-t-elle qui je suis et pourquoi je dépense dix-huit euros pour envoyer mes pages quelque part à Paris ? En tous cas j’ai retenu la leçon : je ne demande pas qu’il soit envoyé en recommandé car il me faudrait un formulaire et je ne demande pas si elle peut l’envoyer en Prior. Sinon, c’est moi qu’elle enverrait à l’enfer.

mercredi 25 juin 2008

*Puisque ça me prend tout mon temps...*

Extrait:

La famille a donc une très grande place dans notre corpus. Elle est représentée comme un système de relations complexes entre différents individus. Il faut rappeler que, selon François de Singly, ce n’est qu’à partir des années 1960 que la stabilité des mariages diminue en faveur de l’autonomisation des individus. La famille « post-moderne » s’organise dans la cohabitation des parents hors du mariage. Les adultes ne souhaitent plus n’être que des parents et souhaitent désormais être perçus comme des individus ayant leurs propres désirs, recherchant leur propre bonheur, en dehors de tout principe extérieur au nom d’une institution. Les changements de comportements sociaux trouvent leur écho dans les romans de notre corpus et dans la littérature de jeunesse en général.

Comme nous l’avons brièvement vu dans l’approche historique de la littérature de jeunesse, les romans proposés aux non-adultes avant 1950 présentent la famille comme un lieu serein, un lieu de protection et où les parents ont une relation d’autorité et d’amour avec leurs enfants. Il en va autrement dans les romans du corpus : la famille est le lieu du conflit entre individus tentant de se positionner, le lieu où le non-adulte appréhende la société et doit faire face à des problèmes de confiance, de trahison, d’identité qui l’obligent à prendre position et à s’affirmer. La famille est un fragile équilibre perturbé par le manque d’un des parents et la stabilité n’est retrouvée qu’au travers de plusieurs épreuves.

Les romans du corpus présentent donc, à travers la famille, de nombreux problèmes sociaux auxquels les non-adultes sont confrontés malgré eux. Philippe Hamon, dans son article « Un discours contraint », comme nous l’avons vu, insiste sur l’importance de l’ancrage dans l’Histoire du discours réaliste afin de faire l’économie d’une grande partie de la description. L’ancrage dans l’Histoire est l’aspect que nous étudierons dans le chapitre suivant.

Singly (François de), Sociologie de la famille contemporaine, Paris, éditions Nathan, coll. « 128 », 1994, pp. 86-89.

Ibidem.

lundi 2 juin 2008

La rêveuse d'Ostende, E.E Schmitt

Quelques passages qui vous sautent au coeur pour ne plus s'en décrocher...

"Certaines femmes sont des trappes où l'on tombe."

"Si vous vous remettez d'un chagrin d'amour, c'est qu'il n'en valait pas la peine. D'un amour essentiel on ne se remet pas."

"Une fois j'ai vu la foudre toucher un arbre. Je me suis sentie très proche de lui. Il y a un moment où l'on brûle, où l'on se brûle, c'est intense, merveilleux. Après, il ne reste que des cendres. On n'a jamais vu une souche, même vivante, redonner corps à un arbre entier."

"Parfois, des êtres constitués pour s'enflammer ne vivent pas la grande passion qui leur était destinée car l'un est trop jeune, l'autre, trop âgé."

mercredi 28 mai 2008

I see friends shaking hands.....sayin.. how do you do


Chez mes ptits potes,


Y'en a qui sont loin.
Y'en a qui sont très occupés.
Y'en a pour lesquels on a moins de temps.
Y'en a qui sont trop jeunes.
Y'en a qui sont trop vieux.
Y'en a qu'on aime de tout notre être.
Y'en a qu'on laisse et qu'on retrouve plus tard.
Y'a aussi ceux qui ne sont là que lorsque ça leur profite, mais qu'on aime quand même.
Y'a ceux qui écoutent.
Y'a ceux qui parlent.
Y'en a qui nous écoutent parler et qui savent qu'on les écoutera quand ils en auront besoin.
Y'a ceux qu'on ne voit jamais.
Y'a ceux qui sont toujours là.
Y'a ceux qui étaient là pour essuyer nos larmes.
Y'a aussi ceux qui ont fui quand ils les ont vues.
Y'a ceux à qui on peut tout dire, même ce qu'on ne dirait pas même à sa mère.
Y'a ceux avec qui on aborde pas le sujet qui fâche.
Y'a ceux à qui on voudrait ressembler, et ceux, vraiment, non!
Y'en a qu'on veut sauver à tout prix, et y'en a qu'on laisse bien se débrouiller touts seuls.
Y'a ceux dont le nom apparaît sur le GSM tous les jours, et ceux qu'on appelle au bout de trois plombes juste pour vérifier si c'est toujours le même numéro.
Y'a ceux qui nous ont bien fait rire et ceux qui continuent.
Y'a Roger, Nadine, Gaston, Minou, Milie, Ju, Q., Lapin, Tipiou, Juan, Noushka et puis y'a ceux qui n'ont pas forcément de surnom.



I see friends shaking hands.....sayin.." how do you do?"
They're really sayin..."I ....love....you..."